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« Ivanov », allez-y !

mercredi 1er février 2012, par Véronique NEVIERE

J’avais annoncé « Ivanov ». Je l’ai vu.

Détails :http://www.sitac-russe.fr/spip.php?article858

Au tout début, je l’avoue, je me suis dit « Aie ! ».

La musique, la mise en (s)cène… J’étais un peu inquiète, mais cela n’a pas duré. La pièce avait commencé, et puis elle a dérapé, avant de se mettre sur d’autres rails… et j’ai été emportée à la suite d’Ivanov.

« Ivanov » n’est pas la pièce la plus jouée de Tchekhov, ni une de ses pièces les plus faciles à mettre en scène, mais la représentation d’ « Ivanov » par la compagnie « Extime » m’a vraiment touchée.

La mise en scène de Jean-Pierre Baro fait redécouvrir cette pièce de Tchekhov, encore plus sombre que les pièces les plus connues.

Ivanov a aimé Anna, mais il ne l’aime plus. Il n’a plus d’argent, plus d’énergie, plus d’envies. C’est d’ailleurs le sous-titre de la pièce « Ivanov [ce qui reste dans vie…] ».

Ici, il est encore question de « vivre » et de « travailler », mais le « positivisme » obstiné de Sacha n’est déjà plus de mise. Les personnages sont voués à l’échec, au désenchantement. Ils ont beau se démener (comme Borkine, pris de sortes de convulsions tant il est prêt à se lancer dans le mouvement, dans l’action), pour eux, tout est joué. Ils sont condamnés.

Condamnée, Anna Pavlovna, par la maladie, le désamour de son mari, la solitude.

Condamné, Ivanov, par son « crime », sa culpabilité, son mal de vivre.

Condamné, Lebedev, alcoolique, impuissant face à sa femme obsédée par l’argent…

Condamné ce monde que Tchékhov a ausculté sans pouvoir (ni vouloir ?) le sauver…

Et tous sont remarquables. Révoltants et bouleversants tour à tour. On en rit, on les plaint, on les admire, on s’en détourne… La pièce est pleine de mouvements, de bruits, de musiques (parfois trop), d’une énergie débordante qui souligne pourtant l’impuissance des personnages.

Le texte de Tchekhov est ici coupé, écartelé, malmené comme le sont ses personnages, mais il est aussi rendu plus abordable sans doute, mais surtout plus tranchant. Tout y est exacerbé par la mise en scène de Jean-Pierre Baro.

Je ne suis pas une grande fan des traductions d’André Markowicz. Mais il faut avouer que cette fois elle convient très bien à cette mise en scène pleine de violence, de fureur et de désespoir.

Des ratées, certes, par moments. Mais surtout des instants de grâce, des échanges prenants, déchirants, d’une violence et d’une beauté inouies.

Les acteurs sont formidables.

On voit Sacha évoluer de la « jeune fille en fleur » à la femme déchirée et tourmentée. A la fin de la pièce, sa robe de mariée qui flotte doucement sur un ventilateur est un petit détail magnifique.

Anna Pavlovna est un regard, une présence douloureuse et lumineuse. C’est d’ailleurs avec elle qu’Ivanov va tranquillement converser à la fin.

Zinaïda et Marfa sont à la fois deux et une, femmes d’argent, et donc de pouvoir, mais finalement impuissantes et inexistantes. La jeune actrice est magnifique dans ces rôles.

Une pièce sombre et désespérée. Une mise en scène pleine d’humour et de compassion. Un moment rare. Allez-y, si vous le pouvez.

Avec : Simon Bellouard, Florence Coudurier, Cécile Coustillac, Ruth Vega Fernandez, Franck Gazal, Elios Noël, Philippe Noël, Tonin Palazzotto



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